(English below)
Makali’i
Il y a très longtemps, sur l’immense océan Pacifique, des navigateurs polynésiens glissaient sur leurs pirogues à voile, appelées wa’a, guidés non par des cartes, mais par les étoiles, le vent, les vagues et les oiseaux. Ce savoir n’était pas écrit dans des livres. Il se chantait, se racontait. Il passait de bouche en bouche, d’âme en âme, sous la forme de paroles tressées, de récits vivants.
Mais un jour, le silence est tombé.
Les étoiles ont continué de briller, mais plus personne ne savait les lire. Le vent soufflait toujours, mais les oreilles s’étaient fermées. À Hawaï, après de longues années d’interdictions et d’oubli, le chant des kupuna, les anciens, s’était presque éteint.
C’est alors que naquit une idée, aussi folle qu’un rêve porté par la mer. À Hawaï, dans les années 1970, un groupe d’hommes rêva de retrouver la route de Tahiti, le Ke ala i kahiki, en naviguant à l’ancienne. Ils rencontrèrent Mau Piailug, maître navigateur de Satawal en Micronésie, l’un des derniers détenteurs du savoir ancestral. Malgré les interdits qui frappent ceux qui partagent les secrets de la communauté avec des étrangers, Papa Mau accepta de leur enseigner à lire les étoiles et à écouter l’océan.
Au début, seuls les hommes apprenaient. Mais bientôt, les femmes vinrent aussi. Elles qui depuis des millénaires transmettaient à leurs enfants la connaissance de la navigation et des Mo’olelos, les contes hawaïens. Et Papa Mau leur ouvrit le cercle, car il savait que la mer ne fait pas de différence entre les âmes courageuses. Il racontait souvent l’histoire du premier navigateur : Une jeune fille qui apprit les secrets de la navigation d’un oiseau et qui le transmis à son peuple.
Car depuis toujours, les femmes aussi écoutaient l’océan. Elles berçaient les enfants avec les chants des étoiles, et gravaient dans les mémoires les récits de la mer. Elles n’étaient pas toujours sur les pirogues,mais elles étaient la mémoire du vent, la voix des ancêtres, celles qui se souvenaient quand d’autres oubliaient.
Quand les étoiles semblaient perdues, ce sont elles qui les retrouvaient dans les mo’olelo.
Et parmi toutes les étoiles, une constellation brillait avec une lumière particulière : Makali‘i,celles que l’on connaît en occident sous le nom des Pleïades, les Sept Sœurs.
Petites et discrètes dans le ciel, elles étaient pourtant un signe fort. Leur retour annonçait l’arrivée de la saison des pluies, et marquaient le temps du partage.
Aujourd’hui, les pirogues glissent à nouveau sur tout l’Océan Pacifique.
Elles portent les noms des ancêtres, les rêves des vivants, et les chants que l’on croyait oubliés.
Elles voguent entre les îles, entre les cultures, entre les mondes.
Et sur ces pirogues, il y a des femmes. Beaucoup de femmes.
Elles tiennent la barre.
Elles lisent les étoiles.
Elles enseignent aux enfants comment écouter le vent et parler à l’océan.
Elles tressent à nouveau les mots anciens avec les gestes du présent.
Et quand elles lèvent les yeux vers le ciel, elles cherchent Makali‘i.
Car elles savent que les Sept soeurs veillent toujours, silencieuses et fidèles, guidant celles et ceux qui ont le courage d’écouter.
Et dans le chant du vent, si tu tends bien l’oreille, tu entendras peut-être la voix de la première navigatrice qui murmure encore aux étoiles, pour que jamais ne s’éteigne la route des anciens.
Ce projet a été réalisé dans le cadre d’une résidence de la Villa Albertine - Institut Français.
Makali’i
A long time ago, on the vast Pacific Ocean, Polynesian navigators glided across the waves in their sailing canoes, called wa’a, guided not by maps, but by the stars, the wind, the waves, and the birds.
This knowledge was not written down in books. It was sung and told. It was passed from mouth to mouth, from soul to soul, in the form of woven words and living stories. But one day, silence fell.
The stars continued to shine, but no one knew how to read them anymore. The wind still blew, but ears had closed. In Hawaii, after long years of prohibitions and oblivion, the songs of the kupuna, the elders, had almost died out.
That’s when an idea was born, as crazy as a dream carried by the sea. In Hawaii in the 1970s, a group of men dreamed of rediscovering the route to Tahiti, the Ke ala i kahiki, by sailing in the traditional way. They met Mau Piailug, master navigator of Satawal in Micronesia, one of the last holders of ancestral knowledge. Despite the prohibitions that befell those who shared the community’s secrets with outsiders, Papa Mau agreed to teach them how to read the stars and listen to the ocean. At first, only the men learned.
But soon the women came too. They who for millennia had passed on to their children the knowledge of navigation and the Mo’olelos, the Hawaiian tales. And Papa Mau opened the circle to them, because he knew that the sea makes no distinction between courageous souls. He often told the story of the first navigator: a young girl who learned the secrets of navigation from a bird and passed them on to her people.
For women had always listened to the ocean too. They rocked children to sleep with songs of the stars and engraved stories of the sea in their memories. They were not always on the canoes, but they were the memory of the wind, the voice of the ancestors, the ones who remembered when others forgot. When the stars seemed lost, it was they who found them again in the mo’olelo.
And among all the stars, one constellation shone with a special light: Makali’i, known in the West as the Pleiades, the Seven Sisters. Small and discreet in the sky, they were nevertheless a powerful sign. Their return heralded the arrival of the rainy season and marked the time of sharing.
Today, canoes once again glide across the Pacific Ocean. They bear the names of ancestors, the dreams of the living, and songs that were thought to be forgotten. They sail between islands, between cultures, between worlds.
And on these canoes, there are women.Many women.
They hold the helm.
They read the stars.
They teach children how to listen to the wind and talk to the ocean.
They weave ancient words back together with the gestures of the present.
And when they look up at the sky, they search for Makali‘i.
For they know that the Seven Sisters are always watching, silent and faithful, guiding those who have the courage to listen.
And in the song of the wind, if you listen closely, you may hear the voice of the first navigator still whispering to the stars, so that the path of the ancients will never be lost.
This project was realized as part of a residency at the Villa Albertine - Institut Français.
